''DANS LE CONFORT ET L'AISE''. (première traduction française, inédite)


























 
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jeudi, avril 04, 2002  
IV. LE KARMA.

Le Bouddha a déclaré que les plaisirs et les peines,
Les hauts et les bas de cette existence illusoire,
Viennent du Karma précédemment accumulé.

Les actions qui amorcent le Samsara sont noires et blanches;
Et, bonnes ou mauvaises, elles ont chacune dix aspects différents.

La base de leur déploiement est le champ incréé de toute chose,
Semblable à un miroir.
Sa surface, qui n'est troublée par aucune division,
Permet à la connaissance lumineuse
Mais encore indéterminée et entière
De s'élever, comme l'éclat du miroir.
Viennent ensuite les perceptions des cinq sens
Qui appréhendent leurs objets respectifs tels la couleur, la forme, etc...
En eux-mêmes, ils ne sont pas encore déterminés ni identifiés,
Mais sont comme des reflets dans le miroir.
Puis viennent les facultés cognitives de l'ego
Qui creuse le fossé entre l'objet et le sujet,
Entre ce qui est saisi et ce qui saisit.
Saisie et non-saisie se succèdent,
Avec ou sans concepts,
Associés ou non à des émotions.

En outre,
La tendance qui amorce le monde des désirs voluptueux,
Par le chemin du bien et du mal
Qui sont une création de la saisie conceptuelle et passionnée,
Est une manifestation du champ vide des possibles.
Une présence lumineuse,
Qui n'est pas encore morcelée par les concepts,
Est à l'origine du monde pur des formes esthétiques.
Enfin, être concentré sur soi-même, libre de tout concept,
Est une aspiration pour le monde du sans forme.
Les deux obscurcissements secondaires
(Les humeurs et les opinions)
Qui font la nature même du Samsara
Sont toujours tout proche.

Quand la faculté de connaître ne crée pas de concepts,
Et qu'elle n'est pas distraite par les objets présents,
Mais reste concentrée sur elle-même,
C'est alors le lieu du "champ vide des possibles".
Lorsque toute manifestation lumineuse n'est pas saisie ni décrite,
C'est alors l'authentique et éclatante "perception pure".
Quand, à travers la vision dualiste du sujet et de l'objet
Avec ses négations et ses affirmations,
Comme à travers la perception des objets par les cinq sens,
Les sept modèles de connaissance se développent
En associant des concepts flous
Sur des objets mal définis,
On parle alors des "sept modes de perception"
(Les perceptions des cinq organes des sens,
L'action de l'ego, et les émotions de l'ego).

Quand, par la force de l'habitude,
Vous êtes emportés dans cette existence illusoire
Avec ses trois royaumes,
Les actions du corps, de la parole et de l'esprit
Engendrent alors frustration et souffrance.

Ainsi, dans le monde des désirs voluptueux,
Les "sept modes de perception" sont prédominants;
Dans le monde des formes esthétiques, c'est "la perception pure",
Et dans le monde du sans forme,
Seul "le champ vide des possibles" est présent.
Quand un monde domine,
C'est au détriment des deux autres qui sont en attente.
C'est une règle.

Ainsi, quand dans le monde des désirs voluptueux
Vous vous endormez, la nuit venue,
Les perceptions liées aux cinq objets des sens
Se retirent progressivement, submergées par "l'ego-qui-agit".
Quand celui-ci s'immerge à son tour
Dans "le champ de la perception pure",
C'est l'instant de l'absence-de-concepts.
Cet état de l'esprit, centré sur lui-même, sans objets,
Se résorbe ensuite dans le "champ de l'incréé", l'esprit-tel-quel,
Impossible à décrire.
Quand vient de nouveau le processus de déploiement,
Depuis le "champ de la perception pure",
Alors apparaît l'"ego-qui-agit", seul, avec dans le rêve,
Affirmation et négation,
Saisie et non-saisie d'images variées et illusoires
Qu'il croit réelles.
Au fur et à mesure du redéploiement, avec le réveil,
Au sortir du sommeil,
Se manifestent alors les six autres modes de perception qui,
Se mêlant à de nouveaux objets,
Tissent la trame du Karma et de ses conséquences.
A chaque instant, jour et nuit,
Le processus de déploiement est à l'oeuvre.

23:34

jeudi, mars 28, 2002  
Il n'y a pas d'espoir de bonheur chez les demi-dieux non plus.
La haine se répand en des querelles insensées,
Des conflits et des guerres.
Il y a la jalousie démesurée qui ne supporte pas
La splendeur des dieux.
Jour et nuit, ils souffrent mille douleurs
En campagnes et travaux militaires.

Aussi, ceux qui sont prêts au bonheur et à la paix
Devraient pratiquer rapidement ce qui les mènera à la libération.

Parmi les dieux qui hantent le monde du désir,
La frustration n'a pas de fin.
La négligence, l'ivresse du désir, le bonheur fugitif
Et la chute dans les bras de la mort,
Les fleurs qui se fanent, les rumeurs de mécontentement,
La fuite des amis et la crainte de la prochaine vie,
Ces évènements pénibles et néfastes
Apparaissent en moins de sept jours chez les dieux.

Les dieux des royaumes de méditation
Comme Brahma et les autres
Sont précipités dans les royaumes inférieurs de l'existence illusoire
Quand leur Karma est épuisé.
Voyant le changement misérable de leurs nouvelles conditions de vie,
Ils souffrent.
Ayant goûté à la quiétude de ce monde sans forme
Où le Karma est suspendu
Ils souffrent dans leur désir de retrouver un jour un monde fictif.
Puisque cette forme élevée de vie n'est pas fiable,
Même une fois atteinte,
Les êtres fortunés doivent atteindre l'Eveil.

Tous ceux qui sont séduits par les plaisirs du Samsara
Sont finalement consumés dans son brasier.

Le maître des hommes et des dieux a dit que
La libération dépend de nous et de nos capacités.
L'éveil ne viendra pas fortuitement des autres,
De même que personne ne peut stopper le rêve de celui qui dort.
Si cela était possible, le Samsara serait déjà vide
Illuminé par les rayons de compassion du Bouddha et de ses fils.
C'est pourquoi, c'est vous mes amis
Qui devez endosser l'armure de la persévérance et de l'effort.
Le temps de l'entraînement et du voyage
Sur le chemin de la libération
Est venu.

Pensez à cela : moi-même qui n'ai rien fait
Pour que s'efface la souffrance,
Contrairement aux innombrables Bouddhas du passé,
Je devrai errer dans la solitude d'une existence illusoire,
Néfaste et de mauvais augure,
Et si, comme par le passé, nous n'avons pas de discipline,
Nous souffrirons encore et encore dans les six formes de vie.

Si vous vous accommodez des souffrances du Samsara
Aussi vastes que le ciel,
Aussi insupportables que le feu
Et aussi multiples que les objets de l'univers,
Vous stagnez bien bas, ce qui est indigne de vous.
Comment pouvez-vous recevoir la compassion des Bouddhas
Si vous n'avez pas de respect pour vous-même
Et pour ce qui est juste ?
L'efficacité des actions éveillées
De Celui qui est expert en moyens habiles
Dépend des formations karmiques de ceux qui les reçoivent.
Aussi, reconnaissez et transformez vos défauts.
Gagnez la paix
Pour que moi et tous les autres
Soyons libérés des choses de ce monde,
Attentifs et conscients de la misère du Samsara.

Si vous ne supportez pas les quelques souffrances d'aujourd'hui,
Comment ferez-vous dans la désolation de l'existence illusoire ?
Si je ne suis pas ému un petit peu, après cet enseignement,
Mon coeur doit être d'acier,
Dur comme la pierre, et certainement insensible.

Qui pourrait se rallier à cette existence illusoire
En sachant que l'esprit est le créateur de toutes les émotions,
Turbulentes et multiformes,
Qui sont la trame douloureuse du Samsara ?
Aussi, hâtez-vous de conquérir cette existence illusoire.

Dans cette célébration du sens de la vie,
Source de toute félicité,
Puissent tous les êtres sensibles des trois royaumes
Vivre longtemps dans le bonheur et la joie,
Et puisse l'Esprit,
Usé et épuisé par les frustrations infinies,
Trouver aujourd'hui le confort et l'aise.

00:37

mercredi, mars 27, 2002  
La faculté de connaître, masquée par l'inconscience,
S'exprime dans le mouvement et l'action des fluides germinaux,
Et, en sept semaines le corps apparaît,
Traversant les étapes successives de sa maturation :
Ovale, oblong, granuleux, solide, arrondi,
Comme-un-poisson et comme-une-tortue.
Il souffre terriblement,
Même quand la mère éprouve un peu de fatigue ou de lassitude,
A faim ou soif, froid ou chaud.
il doit supporter la douleur d'être confiné
Dans l'obscurité et l'étroitesse de ce lieu horrible.
Entre la septième et la vingt-sixième semaine,
Les organes des sens, les membres, les cheveux apparaissent,
Et jusqu'à la trente-sixième semaine
Ses forces grandissent et il commence à bouger.
Au moment de s'engager dans le défilé du bassin maternel,
Il tourne la tête vers le bas et arrive dans le monde.
Le jour de sa naissance,
C'est la misère de la mort qui s'approche pour le détruire.
Dès les premiers jours de vie, le toucher c'est comme le battre,
Le baigner c'est comme l'écorcher.

L'infortune de la vieillesse est difficilement supportable.
Quand la jeunesse s'en va, plus rien ne va.
Incapable de bouger librement, vous vous appuyez sur une canne,
Et comme la chaleur du corps s'en est allée,
Se nourrir et digérer deviennent pénibles.
A mesure que vos forces déclinent, il devient difficile de marcher,
De s'asseoir, de bouger ou bien de courir.
Vous devenez un squelette ambulant
Incapable d'aller où vous voulez.
Les organes des sens s'usent et ne vous permettent plus de voir,
D'entendre, de sentir, de goûter ou de toucher.
La mémoire obscurcie s'évanouit dans les brumes de l'oubli.
Comme l'appétit de vivre faiblit,
L'enthousiasme pour les choses disparaît.
Boissons et mets exquis n'ont plus d'attrait.
La vie en déclinant vous rend mélancolique et effrayé par la mort.
Comme un enfant impatient, vous n'acceptez plus rien,
Et vous mourez, comme une lampe qui n'a plus d'huile.

L'angoisse de la maladie est difficile à endurer.
Le fonctionnement du corps est altéré et l'esprit malheureux.
Les situations et les choses deviennent déplaisantes,
Et le souci et la peur de perdre la vie grandissent.
Vous gémissez et pleurez devant cette souffrance insupportable.

La solitude de la mort est encore plus grande :
Vous mangez, parlez et dormez pour la dernière fois
Vous quittez votre vie et votre corps,
Vos serviteurs, votre famille et vos richesses.
Vous avez peur de partir seul sans espoir de retour.

Rencontrer des personnes indésirables
Risque d'apporter le danger d'être battu et injurié.

Etre séparé de ceux que vous aimez et de votre pays natal
Est la source de toutes les lamentations et du malheur.
Evoquant leurs qualités, vous en avez la nostalgie.

Le malheur de perdre ce que vous avez,
De ne pas obtenir ce que vous voulez,
De ne pas atteindre votre objectif,
Vous plonge dans l'angoisse.
Epuisé par la pauvreté, vous êtes comme les Esprits Avides.

Les cinq agrégats qui nous constituent,
La forme, la sensation, la perception,
Les formations karmiques et la conscience,
Sont dits être, à cause de leur fragilité,
Le lieu, la base, le vaisseau et l'origine de toutes les frustrations.

Ainsi, dans ce vaste monde des êtres humains
Il n'y a pas de bonheur à cause de la frustration qui régit toute chose.
Pour échapper à cette souffrance, pensez à ce qui est auspicieux,
Et vous trouverez le moyen de vous libérer du Samsara.

00:56

mardi, mars 26, 2002  
Dans le monde des Esprits errants
Se trouvent les Esprits Avides,
Qui ont un grand corps, des pieds et des mains minuscules,
Et un ventre énorme.
Leur cou est très mince et leur bouche
Aussi étroite que le chas d'une aiguille.
Assoiffés et affamés,
Ils sont tordus et brûlés par de terribles crampes d'estomac.
Les herbes médicinales, les arbres et les fleurs
Tombent desséchés sous leurs regards.
Ils ne mangent en apparence que vomissures et mauvaises nourritures.
Et, même s'ils voient nourritures et boissons,
Ils n'arrivent pas à s'en emparer.
Rendus malades par ce qu'ils avalent,
Les aliments deviennent des flammes
Qui dévorent leur ventre de l'intérieur
Laissant s'échapper des étincelles par la bouche.
Ainsi pour les Esprits Avides, il n'y a que misère et épouvante,
Dans la tristesse de la solitude.

Les esprits qui vivent dans les airs et dans l'espace,
Les diablotins, les lutins, les gnomes, les démons,
Les rois et tous les autres,
Vont et viennent partout sans encombre
Par le pouvoir de leur magie
Et répandent toutes sortes de maux.
Ils apportent la maladie, volent la bonne santé
Et menacent la vie.
Un mois à l'échelle humaine ne fait qu'un seul jour pour eux.
Leur vie qui dure environ 500 ans représente 50 000 années humaines.
C'est ainsi qu'ils souffrent dans le royaume de Yama.

Un homme, en accord avec la véritable nature,
Qui a vu cette situation écoeurante,
Devrait chasser de son esprit
Toutes les pensées qui le retiennent à cette existence illusoire
Pour atteindre la libération.
Alors, sûrement, il trouvera la paix, le vrai sens de la vie.

Dans le royaume des animaux,
Ceux qui vivent dans les profondeurs des quatre océans
Subissent des souffrances sans nombre
Lorsqu'ils se dévorent entre eux.
Même cachés au fond des mers, dans l'obscurité des continents
Ils redoutent la morsure du froid et de la chaleur,
De la faim et de la soif,
Et de mourir dévorés.
Ceux qui vivent éparpillés dans le monde des humains,
Les oiseaux, les cerfs et les autres,
Sont menacés par les chasseurs et d'autres périls.
Les chevaux, les buffles et les yacks,
Les moutons, les ânes et tous les autres
Harassés, battus et ployant sous les fardeaux,
Doivent mourir quand on prend leur chair, leur peau, leurs os.
Sans réaliser la misère de leur condition,
Les serpents souffrent les plaisirs et les peines,
Du midi et du minuit,
Les plaisirs et les peines du petit matin et du crépuscule.
Dans la fureur des tempêtes de sable,
La solitude, l'isolement, le dénuement.
Ils sont harcelés maintes fois,
Le plus souvent par les oiseaux de proie
Et la crainte des êtres stupides.
Leur existence est précaire, parfois un seul jour.
On dit que Taksaka et ses semblables vivent un kalpa.

Ceux qui ont vu cette souffrance
Et veulent se libérer du monde des animaux,
Pour accomplir la prospérité et la félicité,
Devraient s'engager sur la route suprême
Qui les mènera à des formes d'existence supérieures
Et à la bonté ultime,
Et s'entraîner énergiquement, jour et nuit,
Au voisinage de la vérité authentique.

Parmi les hommes aussi, il n'y a pas de place pour le bonheur :
Les soucis, le chagrin, les guerres et autres
Sont le lot quotidien et ininterrompu de son tourment.
Ce sont les désordres entraînés par une nourriture avariée
Ou empoisonnée,
Et les douleurs de la mauvaise santé et des maladies
Qu'apportent des conditions de vie qui se dégradent.
Innombrables sont les frustrations dans leurs huit aspects :
En plus des trois sortes de frustrations,
Il y a la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort,
La rencontre avec des ennemis, et
Être séparé de ceux qu'on aime,
Ne pas obtenir ce que l'on désire
Et devoir se satisfaire de ce que l'on a.

00:31

samedi, mars 23, 2002  
Lorsqu'ils arrivent aux bords d'une étendue d'eau fraîche,
Ils sont engloutis dans le marais des corps en décomposition,
Dans une brume nauséabonde et pestilentielle.
Ils sont dévorés par la vermine
Aux mâchoires de fer, de cuivre et d'or.

Ou bien, au moment d'atteindre un repos agréable,
Ils sont découpés en lambeaux par des poignards étincelants.

Arrivés dans une clairière au clair feuillage,
Ils sont emportés dans la tourmente de leur karma,
Dans la forêt aux feuilles coupantes.

Poursuivant leur chemin,
Ils voient depuis le sommet d'une magnifique montagne,
Leur pays natal,
Quand soudain leur corps de chair et de sang est déchiqueté
Et haché en morceaux par des rasoirs effilés.
Quand ils essaient de monter plus haut,
Vers d'autres sommets,
Ils ont le crâne fendu par des vautours,
Et quand ils essaient de s'échapper en descendant,
Ils sont déchiquetés par les lames de rasoir.
Dans la plaine ils souffrent terriblement
Lorsqu'ils sont enlacés
Par des hommes et des femmes ardents et brûlants,
Aux dents acérées,
Et dévorés par une meute de chiens et de chacals.

Ou, voyant les eaux fraîches et claires d'une rivière,
Ils s'en approchent joyeusement et,
Au moment de s'y baigner,
S'enfoncent jusqu'à la taille dans des cendres chaudes,
Où ils sont brûlés vifs.
Ils ne peuvent pas échapper à cette fournaise
Gardée par les serviteurs de Yama postés sur chaque rive.
Ils sont condamnés à souffrir là pendant des milliers d'années.

Si quelqu'un n'est pas effrayé par ces enfers,
Mais connaît l'existence de cette souffrance sans fin,
Il peut alors se donner les moyens d'aller au-delà.

Il y a huit tourments causés par le froid :
Dans les étendues gelées où glace et neige s'entassent,
Leur corps est emporté dans le hurlement
Des tempêtes de neige,
Au coeur des ténèbres.
Dans l'Arbuda, Nirarbuda, Atata, Mahava,
Huhuva, Utpala, Padma et Mahapadma,
Ils sont déchiquetés par des créatures
Aux becs enflammés et crochus,
Et souffrent le martyr tant que leur karma n'est pas épuisé.

L'étendue de la vie dans l'Arbuda
Dure le temps qu'il faudrait pour vider un silo à grains
Dans la campagne du Kosala,
Les bras encombrés de quatre-vingts buissons,
N'emportant qu'un seul grain tous les cent ans.
Dans les autres enfers, l'éternité est vingt fois plus longue.

Si seulement les êtres sensibles
S'efforçaient de développer leurs capacités,
Pour surmonter et maîtriser pleinement
Les mondes des enfers,
Qui ne sont que leur propre esprit.


00:27

vendredi, mars 22, 2002  
Dans l'"Enfer des Hurlements",
Dans une maison de fer et de feu
Ils sont brûlés et découpés en pièces par Yama.
Huit cents années humaines sont un seul jour
Pour les dieux Nirmanarati,
Huit mille de ces années sont un seul jour
Dans l'"Enfer des Hurlements"
Où ils souffrent pendant huit mille ans
Soit, pour un homme, 660 fois 10 000 000 d'années
Et 3 000 000 de fois 10 000 000 d'années
Et 552 000 fois 10 000 000 d'années.

Dans l'"Enfer de Brûlure",
Les crânes de ceux qui habitent la maison d'acier
Sont fendus en deux avec une courte lame
Et broyés avec un gourdin.
Les flammes rongent le dedans et le dehors.
1 600 années humaines sont un jour
Pour les dieux Paranirmitavasavartin.
Seize mille années ne sont qu'un jour dans l'"Enfer de Brûlure".
16 000 de ces années sont
500 fois 10 000 000 de fois 10 000 000 d'années
A l'échelle humaine
Et 300 000 000 de fois 10 000 000 d'années
Et 8 000 000 de fois 10 000 000 d'années
Et 400 000 fois 10 000 000 d'années
Et 16 000 fois 10 000 000 d'années.

Dans l'"Enfer de la Fournaise",
Ils sont transpercés avec des pics et des pieux
Et brûlés entre des rangées de maisons de fer.
La tête et les deux épaules sont tordues, disloquées
Et rattachées avec des bandages.
Ils sont ensuite jetés dans des chaudrons de cuivre en fusion.
Leur vie là-bas dure la moitié d'un antahkalpa,
Ce qui ne peut pas être évalué à l'échelle humaine :
La durée de vie d'un univers; sa naissance, sa croissance,
Son déclin et sa disparition,
Représente quatre "petits kalpas" ou un antahkalpa.
80 kalpas forment un "grand kalpa".

Dans l'"Enfer de la Douleur Ininterrompue"
Au milieu du brasier rougeoyant des maisons de fer,
Hormis les hurlements et les gémissements de ceux qui sont là,
On ne les distingue plus du feu dévorant.
Tout comme une flamme ondule et vacille autour d'un centre,
Seule une étincelle de vie brille au centre du feu.
Ils doivent y souffrir pendant un antahkalpa entier,
Et puisqu'il n'y a pas d'autre ni de plus grande douleur,
Cet Enfer est celui de "la douleur ininterrompue".

Ces enfers
Voient leur chaleur augmenter progressivement par sept fois,
Et la douleur est d'autant plus grande que l'enfer est plus bas situé.
Tant que le karma n'est pas épuisé, la souffrance dure.

Dans les "Enfers Ephémères"
La torture dure quelque temps et touche selon chaque frustration
Des foules entières, ou bien des individus isolés vivants
Dans les montagnes, sous les arbres, dans le ciel,
Dans les rochers, dans le feu, ou dans les eaux, selon les cas.

Certains croient que le nom "éphémère" est lié
Au fait que la vie y est très courte
Ou qu'ils ne concernent que quelques uns seulement.
Mais on dit que la vie des scorpions dans les rochers est assez longue
Et que 500 Shravakas qui se réunissent pour dîner
Finissent par se combattre avec des armes.

Les "Enfers Avoisinants" se trouvent aux quatre points cardinaux
De l'"Enfer de la Douleur Ininterrompue".
Il y a "le puits brûlant des charbons ardents",
"Les marais nauséabonds de la putréfaction",
"La forêt des lames tranchantes" et "le fleuve de cendres chaudes".

Quand ils atteignent les bords ombragés de la rivière,
Aperçue lors de leur fuite loin
De l'"Enfer de la Douleur Ininterrompue",
Quand ils ont cru que les 10 000 000 de portes s'ouvraient,
Ils ne font que s'enfoncer jusqu'aux genoux
Dans un marécage de feux brûlants.
Et, quand ils en sortent, leur chair calcinée a disparu,
Ne laissant que leurs os aussi blancs qu'un lotus.
Revenant de nouveau à la vie, ils endurent d'atroces souffrances.

01:56

jeudi, mars 21, 2002  
Le processus d'expansion
Depuis le champ indifférencié des perceptions,
A travers les élaborations conceptuelles et émotionnelles,
Jusqu'aux perceptions par le moyen des cinq sens,
Accompagnées des jugements et des opinions,
Est un déploiement naturel.
De là viennent les frustrations de l'existence illusoire,
Chacune étant à la fois la cause et l'effet,
De façon interdépendante.
Le facteur de base est la perte de conscience
Entraînée par le caractère trompeur du sujet et de l'objet.
Par cette croyance au "Je" et au "mien",
A cause de cette tendance à s'endurcir dans un univers fixe
D'objets pétrifiés et inchangeants,
D'un point d'ancrage d'où part l'action,
Et d'un esprit qui élabore des projets.
Le Samsara est fermement installé.

Même l'Esprit-tel-qu'il-est,
L'Absolu Incréé, la Base fondamentale du sens,
En s'habituant à saisir par les perceptions,
A la suite de cette perte de conscience,
Accepte le caractère trompeur de la présence illusoire,
Impure et relative de ce monde phénoménal.
Et, la manifestation dualiste d'un univers d'objets
Et d'un point d'ancrage qui les utilise,
Du "Je" et de l'"Autre",
Deviennent alors deux entités séparées.
Alors, de façon incompréhensible,
La frustration surgit spontanément.
Quand vous comprenez le sens de l'Absolu Incréé,
L'Esprit tel quel,
Vous êtes sur le chemin de la Vérité.
Vous gagnez alors facilement le royaume de la perception pure,
Quittant la fatigue et l'épuisement de l'existence illusoire.

Ah, la frustration
Des voyages épuisants sur les routes de l'existence illusoire,
Et des royaumes sans fin du Samsara si difficiles à comprendre,
Est telle
Qu'il n'y a pas vraiment de bonheur,
Quel que soit votre lieu de naissance,
Et les conséquences des actes nuisibles sont insoutenables.
Ce que chacun des six sortes d'êtres endure,
Comme dans un rêve, sans comprendre
L'auto-manifestation de tous les phénomènes,
Est une immense souffrance,
Croyant véritables les mirages du devenir.

Mais écoutez plutôt un court passage de la tradition.

Au sommet de la fournaise rougeoyante du fer en fusion
Se trouve l' "Enfer de la Pleine-Vie".
Quand les êtres s'y rencontrent, ils s'entretuent avec des armes.
Par les mots :"Revenez à la vie", ils renaissent pour souffrir à nouveau.
Ils ne peuvent pas échapper à cette torture
Tant que leur karma n'est pas épuisé.
Cinquante ans de la vie d'un homme ne sont qu'un seul jour
Dans les Royaumes des Quatre Grands Rois,
Où trente jours font un mois et douze mois une année.
Sachant que cinq cents de ces années-là sont un seul jour dans les enfers,
Ils doivent souffrir cinq cents ans dans le temps des enfers.
Ce calcul qui nous vient des Sutras,
Représente à l'échelle humaine,
162 000 fois 10 000 000 d'années.

Dans l'"Enfer des Lignes Noires",
Coupés et découpés, cousus et recousus,
Ils endurent d'atroces souffrances.
Mille ans à l'échelle humaine sont pour eux cent ans,
Et trente trois jours un jour.
Selon le Maître du Monde, mille ans pour eux représente
12 fois 100 000 fois 10 000 000 d'années et
96 000 fois 10 000 000 d'années.

Dans l'"Enfer de Compression" ils sont broyés en poudre
Par des montagnes qui sont comme un cheval et un yack,
Un tigre et un lion,
Et quand ces montagnes se séparent, ils reviennent à la vie.
Ils sont réduits en poudre dans des mortiers de fer
Où le grincement des pilons qui écrasent
Laisse jaillir des flots de sang.
Deux cents ans sont un seul jour pour le Dieu Aviha, et
Deux mille ans pour le Seigneur de la Mort sont un seul jour
Dans l'"Enfer de Compression",
Où ils souffrent pendant deux mille ans.
Cela dure, à l'échelle humaine,
10 000 000 de fois 10 000 000 d'années
Et 398 000 fois 10 000 000 d'années.

Dans l'"Enfer des Sanglots",
Ils sont dévorés par les flammes et poussent des cris terrifiants.
Ils sont ébouillantés dans des chaudrons de fer.
Quatre cents années humaines sont un seul jour
Pour les dieux Tusita.
Quatre mille de ces années sont un seul jour
Dans l'"Enfer des Sanglots",
Où ils souffrent pendant cinq mille ans.
A l'échelle humaine, cela fait
8 000 000 de fois 10 000 000 d'années
Et 10 000 000 de fois 10 000 000 d'années
Et 944 000 fois 10 000 000 d'années.

06:27

mardi, mars 19, 2002  
III. LA FRUSTRATION ET LA SOUFFRANCE.

Ainsi dans son impermanence, l'ensemble du Samsara
Qui s'étend aux trois royaumes
Est source de frustrations à cause de son caractère changeant.
Quel épuisement terrible pour tous les êtres
Emprisonnés dans le carcan des six formes d'existence.
A travers la frustration, le changement
Et cet appétit à créer toujours et encore de la souffrance.

Si vous étiez dévorés par les flammes,
Attaqués par des animaux ou des êtres sauvages,
Jetés au fond d'un cachot par le roi
Et déchirés sans cesse par des frustrations toujours renouvellées,
Vous réaliseriez avec un dégoût grandissant
Que la fuite n'est pas possible.

Malgré le désir et la volonté de trouver la félicité
Et d'être libre de la frustration,
La frustration se jette sur vous,
Dans le cercle de la cause et de l'effet.
Vous êtes trompés par votre attirance
Et votre désir pour les objets des sens,
Comme le papillon de nuit par la flamme de la lampe,
Ou, comme le cerf, les abeilles, le poisson et les buffles
Par le son, le parfum, le goût et le toucher.
Voyez comme chacun est trompé par les cinq objets des sens,
Ne trouvant jamais la félicité mais la souffrance seulement.

Pour les six sortes d'êtres, -- les dieux, les demi-dieux,
Les habitants des enfers, les esprits, les hommes
Et les bêtes de somme -- ,
La souffrance n'a pas de fin.
Cela vient encore et encore,
Comme les godets d'un moulin à eau
Qui se suivent indéfiniment.

Chacun des êtres sensibles,
Dans la course infinie des générations,
A supporté le poids d'être un ami, un ennemi
Ou bien impartial,
Et le nombre de fois où il a apporté le bonheur ou le malheur,
Une aide ou des obstacles,
Ne peut pas être compté.
Nous avons tous été, tour à tour, le père, la mère, le frère, la soeur,
Et l'ami d'aujourd'hui sera peut-être l'ennemi de demain.

Si vous pouviez voir les actions passées et à venir dans le monde,
Votre dégoût serait infini.
Si vous pouviez rassembler et empiler en un seul tas
Tous les corps que vous avez occupés,
Même s'ils n'avaient que la taille d'une fourmi,
Cet amoncellement serait plus haut que le Mont Méru
Formé des quatre métaux précieux,
Et toutes les larmes que vous avez versées
Seraient plus vastes que les quatre océans,
Et l'amoncellement de métal en fusion,
De sang fétide et d'excréments
Que vous avez absorbé quand votre conscience
Etait un démon dans les enfers ou bien un esprit avide,
Ne pourrait pas être lavé par les fleuves coulant
Jusqu'à la fin des temps.
Et il y a d'autres souffrances infinies aussi vastes que le ciel.
Tous les atomes de l'univers ne sont pas la plus petite fraction
Du nombre de fois où votre tête et votre corps
Ont été tranchés et déchiquetés à cause de vos désirs.

Les bêtes de somme, les démons, les spectres,
Les serpents et les autres
Ont goûté des joies et des peines sans nombre
Dans le royaume des êtres vivants.

Brahma, Indra, les méditants
Et les habitants de la sphère de l'Incréé,
Les rois qui se réjouissent des sept joyaux et de la terre,
Malgré leur sublime splendeur,
Ont dû souffrir terriblement quand ils erraient
Dans de funestes formes d'existence.

Les êtres puissants qui dans cette vie-ci
Ont profité d'infinies richesses,
Une fois morts,
Ont été tourmentés par la pauvreté dans une autre vie
Et sont même devenus des serviteurs.
C'est comme la richesse miraculeuse d'un rêve
Qui s'évanouit au réveil.
Quand vous pensez sérieusement à la frustration du changement
Où le bonheur et la peine sont impermanents,
Votre écoeurement ne fait que grandir.
C'est pourquoi les êtres confinés
Dans la forteresse de leurs limitations
Devraient s'efforcer de gagner la clarté limpide
Et la pleine clairvoyance
Où il n'y a pas d'attachement aux plaisirs du Samsara.

Le corps, la parole et l'esprit
Sont les domaines des désirs voluptueux,
Des formes esthétiques et du sans-forme;
Dans la forteresse de l'apparence, des demi-apparences
Et du non-apparent,
Ils sont poursuivis par la frustration, le changement
Et la tendance à provoquer toujours plus de souffrance.
Avec l'envahissement des perceptions,
Des constructions mentales et émotionnelles,
Et des différentes opinions,
La ronde continuelle des objets trompeurs,
Apportant bonheur et malheur,
Poursuit son oeuvre.

00:09

lundi, mars 11, 2002  
Dans les trois régions du monde,
Depuis les enfers les plus profonds
Jusqu'aux cimes les plus élevées,
On ne peut pas échapper au Royaume du Seigneur de la Mort;
Toute chose est impermanente, changeante, c'est une règle.
Il n'y a pas de repères stables et toutes les choses s'évadent
Telles une roue de chariot tourbillonnante.
En particulier, nombreuses sont les causes de désolation
Dans le monde des hommes :
C'est l'endroit de toutes les maladies,
De l'action néfaste des démons,
Avec les armes, le feu, les abîmes,
Les animaux sauvages et les poisons,
Les rois, les ennemis, les voleurs et tous les autres;
Tout ce qui a été construit et créé en une vie
Est finalement détruit par l'un d'eux.

Même s'il n'y a aucune influence nuisible, la vie s'efface
A chaque minute, à chaque seconde; jour et nuit
Elle nous rapproche toujours plus près
Du domaine du Seigneur de la Mort,
Comme l'eau d'une cascade qui se noie dans l'océan,
Comme le soleil se couche et s'éteint derrière la montagne.

Puisque les causes précieuses de la vie, comme la nourriture,
Peuvent entraîner de la souffrance, comme le poison,
Pourquoi tous ces éléments favorables,
Soumis à tant de conditions opposées,
Ne disparaîtraient-ils pas ?
Aussi, puisque rien ne nous éloigne de la mort,
Et que vous ne savez pas où,
Quand ni comment vous allez mourir,
Renoncez aux choses futiles de ce monde
Et prenez à coeur la réalité de l'impermanence et de la mort.

Si je ne fais pas l'effort de traverser le fleuve des frustrations
Pendant que j'ai le bateau de cette unique occasion
Et de ce juste véhicule
Guidé par le pilote, les instructions du maître,
Je serai trompé et emporté au loin par les eaux du fleuve.

Si vous ne profitez pas de cette unique occasion,
Favorable pour vous-même et pour les autres,
Pendant que vous avez ce vaisseau fortement glorifié par le Maître
Pour mettre fin à l'ignorance,
Vous ne ferez que vous enchaîner dans les prisons du Samsara.

Ah ! Comme une personne enchaînée au rocher du Samsara,
Tandis qu'elle pense au monde en général,
Eloignez-vous en avec dégoût.
Serai-je jamais utile à quelqu'un qui,
Ne comprend pas ce qu'on lui explique,
Et ne suit pas les instructions de l'enseignement;
Qui, même s'il doit mourir demain,
Croit que la vie dure toujours;
Qui ne s'ennuie pas dans le Samsara
Et n'a pas la moindre intention de le quitter;
Qui fièrement continue les mêmes erreurs sans souci;
Qui s'affaire sans cesse et se noie dans la pluie des émotions ?

Celui qui veut traverser l'océan du mal et de l'ignorance
Et réaliser les extraordinaires qualités de sa vraie nature
Doit se souvenir que la mort est une réalité,
Contempler jour et nuit l'impermanence de toute chose,
Et toujours et encore,
Animé par un profond dégoût du Samsara,
Nourrir le désir de s'en échapper.

Quand résolument il s'efforce de réaliser
Le vrai sens de la prospérité et de la félicité, d'ici et de toujours,
Et quand il s'écarte de cette vie-là,
L'illusion de l'ego s'écroule.
En clair, disciplinez votre esprit
Sur la nature impermanente de toute chose,
C'est la cause véritable pour que s'évanouissent tous les maux
Et pour que naisse votre nature authentique et bienfaisante.

Par la musique profonde et mélodieuse de cet enseignement
Vraiment utile et bénéfique,
Venue des fracas du tonnerre de la vérité,
Puisse l'Esprit, usé et épuisé par l'agitation,
Les émotions et la croyance
En la permanence de tous les êtres,
Trouver aujourd'hui le confort et l'aise.

23:57

 
II. L'IMPERMANENCE ET LA MORT.

Même si vous avez gagné cette unique occasion
Qui est si difficile à atteindre,
Elle ne durera pas longtemps mais peut s'arrêter à tout moment,
Sans raison apparente.
Et comme vous ne pouvez pas croire
A ce qui est aussi éphémère qu'un bouillonnement,
Vous devriez, jour et nuit, vous rappeler
Que la mort est une réalité.

Bien que ce corps, qui est la base de toutes les frustrations
Et de la tristesse,
Le berceau des émotions,
Puisse être orné d'habits, de bijoux et de guirlandes de fleurs,
Ou bien réjoui et enchanté par des mets et des boissons délicieux,
Finalement, vous devrez vous en séparer,
Car il est transitoire et fragile.
Ecartez les pensées qui glorifient ce qui est juste bon
Pour nourrir les renards, les vautours et les chacals;
Mais gardez votre corps en bonne santé.
Engagez-vous dès maintenant à la recherche du vrai sens de la vie.

Brahma, Shiva, Surya et les puissants souverains,
Qui sont les rouages de toute la richesse des trois royaumes,
Bien qu'ils puissent briller dans toute la splendeur de la gloire
Et des mérites accumulés,
N'ont aucune chance d'échapper au Pays du Seigneur de la Mort;
Même si vous persistez dans la méditation
Pendant des temps infinis,
Quand votre karma sera épuisé,
Vous reviendrez dans le royaume de la Mort.

Dieux, demi-dieux, les saints et les sorciers,
Les rois et les mendiants, aussi nombreux soient-ils,
Seront piégés dans la roue sans fin des renaissances,
Terrifiés par la Mort.

Au milieu des nuages d'orage emportés par la bourrasque
De cette existence impermanente,
Jaillissent en éclairs les pas de danse du Seigneur de la Mort.
Jour et nuit, les pluies changeantes des saisons qui passent,
Inondent les germes en devenir dans les trois mondes.

Quand ce monde impermanent avec ses habitants,
Dans le cycle de la création et de la destruction de l'univers,
Est dévasté par sept fois par le feu,
Inondé par les eaux et dispersé par le vent,
Même le Mont Méru avec ses quatre murs de pierres
Et de métaux précieux,
Entouré par le mur extérieur du monde, les océans, les continents
Et les chaînes de montagne,
Est impermanent.
Rappelez-vous que toute chose retournera dans le vide de l'Espace,
Et, du fond du coeur,
Engagez-vous dans cette quête pour le sens de la vie.

Même les guides de ce monde, les Pratyekabouddhas,
Le peuple immense des disciples,
Le Seigneur Bouddha, entouré de ses disciples,
Brillant comme la lune dans le ciel limpide,
Auréolé par les galaxies, les myriades d'étoiles et les planètes,
Rayonnant, clair et éclatant,
Nous rappellent l'impermanence
Quand ils passent dans le Nirvana.
Regardez combien même l'enseignement
Aussi illimité que le soleil
A décliné de générations en générations.
Pourquoi notre existence corporelle,
Telle un légume mort, une maison vide,
Ne se briserait-elle pas ?

Aussi, puisqu'il est certain que nous allons mourir,
Mais que nous ne savons pas quand,
Où ni comment frappera la mort,
Et, comme la durée de notre vie ne va pas grandir
Mais diminue régulièrement,
Comme les causes de la mort sont nombreuses
Et les chances de vivre très minces,
Sans perdre de temps, mais en attachant plutôt votre esprit
Aux vrais problèmes,
Il est certain que vous devriez dès aujourd'hui
Conquérir une vie authentique.

Bien que les êtres sensibles,
Qui sont la réunion composite des forces élémentaires,
Puissent être embellis par des pensées changeantes qui les habitent,
Cette combinaison d'éléments n'existe
Qu'en raison de certaines conditions
Et se désagrégera le moment venu.
Vite, vite, engagez-vous sur le chemin d'une vie authentique
Car toutes choses passent et s'effondrent,
Comme une cité vieillissante.

Puisque nous vivons peu pour finalement mourir,
Lorsque soudainement nous serons abattus
Par la mort implacable,
Tels une flamme dans le vent
Vacillante et troublée à chaque instant,
Maintenant, engagez-vous vraiment à la recherche
Du vrai sens de la vie.

Puisqu'il n'y a pas d'autre refuge
Qu'une vie pleine et authentique,
Quand nous devons partir seul et laisser derrière-nous
Nos parents, nos plaisirs et nos amis,
Beauté, jeunesse, pouvoir et responsabilités,
Et que nous sommes suivis
Par nos bonnes et nos mauvaises actions
Jusqu'à leur complet épuisement,
Pourquoi ne pas nous exercer nous-mêmes dès maintenant ?

Ainsi pensez à l'existence des mondes passés et à venir :
La foule innombrable des générations passées s'est éteinte,
Et certainement, la plupart de ceux qui vivent maintenant
N'atteindra pas cent ans,
Et les générations futures subiront le même sort.
Regardez comme jeunes et vieux partagent le même destin.
Gardant la certitude de la mort à l'esprit,
Et, sachant que vous n'êtes pas différent d'eux tous,
Engagez-vous dans la quête du sens de la vie.

01:35

dimanche, mars 10, 2002  
N'attendez pas plus longtemps,
Mais traversez l'océan de l'existence illusoire,
Et gagnez rapidement l'île de la sérénité,
Où vous irez au-delà de la souffrance.

Il n'y a rien de plus stupide que celui qui,
Une fois devenu un être humain,
Ne met pas en oeuvre la bonne santé fondamentale;
Telle une personne qui reviendrait bredouille de l'île aux trésors
Il gâche tout simplement cette unique occasion et ce juste passage.
Aussi, engagez-vous toujours dans cette quête du sens de la vie
Qui est la citadelle de la paix intérieure.

La quête du sens de l'existence dépend de l'esprit,
Et l'esprit de l'unique occasion et du juste véhicule :
Tous ces éléments sont interdépendants.
Maintenant que toutes les causes et les conditions sont réunies,
La chose la plus importante à faire est d'entraîner l'esprit.

Tout comme, dans le cercle sans fin des existences,
Effrayés par la mort, la pauvreté et la frustration
Qui se déversent en pluie,
Vous aspirez à faire de cette unique occasion et de ce juste passage
Une lumière rayonnante,
Et, comme les formes les plus élevées de vie
Et la libération ultime
Ne viennent qu'en réalisant la difficulté à trouver
Cette unique occasion et ce juste véhicule,
Engagez-vous, du fond du coeur,
Sans relâcher vos efforts,
Jour et nuit.

Comme il est de bon augure de voir le guide du genre humain,
Et puisqu'il est positif d'étudier et d'actualiser,
Et qu'une vie authentique avec ses conséquences
Proviennent de cette unique occasion et de ce juste passage,
Contemplez joyeusement cette existence encore et encore.

Puisque parvenir jusqu'à la citadelle du nectar de l'immortalité,
Le Seigneur entouré de ses fils,
Les Shravakas et les Pratyekabouddhas,
L'Être suprême de ce monde avec les déités,
Est une conséquence possible de cette très précieuse existence humaine,
Cette occasion unique et ce juste passage sont considérés
Comme des formes de vie supérieures aux Dieux.
Aussi, avec ardeur, remportez cette existence humaine.

Le lieu de la connaissance parfaite, de la vérité une et immédiate,
Est facile à atteindre, quand,
Parmi les hommes et les Dieux,
Vous êtes devenu un véritable être humain.
Même la profonde réalité du Vajrayana,
La Voie ultime pour l'existence humaine,
Est facilement réalisée.
C'est pourquoi, suivre la racine du Hinayana et du Mahayana
Est la façon la plus extraordinaire
D'accomplir cette existence humaine,
Cette occasion unique et ce juste passage.

Comme une personne qui,
Dans le dénuement le plus complet,
A trouvé un précieux joyau,
Est effrayée et pleine d'appréhension
Croyant qu'il s'agit d'un simple rêve,
Vous devriez avec joie et nostalgie penser à cette unique occasion
Et à ce juste passage,
Par lequel la vraie prospérité et la félicité
Sont atteintes maintenant et pour toujours.

C'est en entendant le nectar des bonnes nouvelles du bonheur,
Que l'engouement pour les choses futiles de cette vie-ci
A été apaisé.
Maintenant, tous les êtres devraient désirer habiter
La solitude des forêts.
Puisse l'esprit, usé et épuisé par les émotions sauvages
Et turbulentes,
Trouver aujourd'hui le confort et l'aise.

02:24

samedi, mars 09, 2002  
Dès l'origine,
Les êtres qui existent en nombre infini
Ont pour condition inhérente essentielle
L'état parfaitement pur d'un être illuminé;
Sachant que cela est également vrai pour moi,
Je me dédie à la réalisation suprême. (Longchenpa).


Ce travail est une fête, une offrande, une célébration :
Pour fêter l'Enseignement, le nectar très précieux et flamboyant
de la sagesse et de la vérité,
Pour célébrer la lignée vivante des Maîtres
Qui ouvrent la perspective de l'Eveil
Et tracent le chemin de la réalisation;
Offrir enfin cette traduction c'est rendre hommage,
"remercier", et prier pour la longue vie de Sa Sainteté Pénor Rinpoché,
de Nyoshul Khenpo Rinpoché,
de Sogyal Rinpoché (mon maître)
et Péma Chöphel Khenpo Rinpoché.

Puissent les obstacles sur le chemin
Devenir la pluie incessante et parfumée des bénédictions,
Se répandant en myriades de fleurs.

DZAM LING DZE PAI GYEN DROUK TCHOK NYI DANG
THOUK DJE LOUNG TOK NYAM PAI THOU NGA YANG
NAK TRÖ DAM PAR BE PAI TUL SHYOUK KYI
KHORDE TCHÖ KOUR DZOG PAI LONG TCHEN PA
DRI ME Ö ZER SHYAP LA SÖLWA DEP
SEM NYI NELUK TOKPAR CHIN GYI LOB

A l'égal des Six Ornements et des Deux Parures Suprêmes de ce monde
A celui qui, maîtrisant aussi bien la compassion, l'érudition que la Réalisation
A pratiqué en secret dans les forêts sacrées les plus profondes,
Et de la sorte a parfait Samsâra et Nirvâna en Corps Absolu, Longchenpa,
Drimé Öser, je prie à tes pieds !
Accordez vos bénédictions afin que je réalise l'état naturel de mon esprit !

(Prière à Longchenpa).

DANS LE CONFORT ET L'AISE (L'ESPRIT)

Sommaire :

1. L'occasion unique et le juste passage.
2. L'impermanence et la mort.
3. La frustration et la souffrance.
4. Le Karma.
5. Le Maître.
6. Le Refuge.
7. Les Quatre Incommensurables - La Boddhicitta relative.
8. L'Esprit d'Eveil - Les six Paramitas.
9. Les Tantras.
10. L'Esprit.
11. La Voie du Boddhisattva.
12. Vue, Méditation et Action.
13. Sambhogakâya.


I. L'OCCASION UNIQUE ET LE JUSTE PASSAGE.

Hommage à l'Essence Primordiale originelle,
L'Océan plein et immense des possibles,
Dont la profonde clarté et la douceur rayonnante ne peuvent être décrites,
Qui est le lieu de naissance du "Joyau-qui-exauce-tous-les-souhaits",
Des Bouddhas et de leurs fils spirituels.
Océan duquel prospérité et bénédictions s'élèvent en nuées,
Telles des falaises de nuages.

Pureté illuminante, éclairante et immaculée,
Nature de Bouddha,
A travers les préoccupations de l'Ego égaré dans une existence illusoire,
Loin de la pure conscience claire,
Usé et épuisé dans le désert des actions karmiques et des émotions turbulentes,
Puisse l'Esprit trouver aujourd'hui le confort et l'aise.

Amis, un précieux corps humain qui est l'unique occasion et le juste passage,
Est très difficile à trouver parmi les six formes d'existence.
Aussi ravi qu'un aveugle qui a trébuché sur un précieux trésor,
Utilisez ce corps pour la prospérité et la félicité.

Mais que veut dire : l'occasion unique et le juste passage ?
Je suis une personne au-delà des huit conditions défavorables.
Mon esprit n'est pas né dans les royaumes des enfers,
Des esprits avides, ou des animaux;
Je ne suis pas stupide;
Je ne suis pas parmi les Dieux, encore moins une brute sauvage;
Je n'ai pas de vues fausses et ne vis pas à une époque où il n'y a pas de Bouddhas;

Je représente le juste passage, le juste véhicule :
Cinq évènements me touchent directement parce qu'ils sont en moi complètement :
Je suis devenu un être humain, je vis dans le pays du milieu;
En possession de mes cinq sens je ne me laisse pas emporter
Par d'inavouables et mauvais penchants;
Et crois en les bases d'une vie spirituelle.

Cinq évènements m'affectent indirectement : la venue du Bouddha,
La doctrine qu'il a enseignée, la présence de ses enseignements maintenant,
Le fait qu'ils se répandent, et l'aide aimante des amis.
Telles sont les dix-huit facettes de cette unique occasion,
De ce juste passage.
Pendant qu'elles sont là au complet, entraînez-vous encore et encore
Pour atteindre l'EVEIL.

Si dans cette vie vous ne faites pas bon usage de votre existence,
Demain, vous n'entendrez même plus le mot
"Joyeuse forme d'existence"
Mais errerez dans de funestes vies,
Sans savoir ce qui doit être rejeté et ce qui doit être accepté.
Ainsi, par de mauvais chemins, vous serez emportés à la dérive
Dans le Samsara qui n'a pas de début ni de fin.

Donc, tant que vous en avez le Pouvoir
Efforcez-vous de faire grandir encore et encore ce qui est bon en vous
Car vous êtes un véhicule sur le chemin du bonheur.
Transpercez la Forteresse illusoire de l'Existence.

Mais si je n'ose pas traverser l'océan infini du Samsara,
Maintenant que j'ai un navire authentique et précieux,
Que ferais-je quand de nouveau réactions émotionnelles
Et frustrations s'élèveront de façon incessante,
Telles des vagues déchaînées sur l'océan en furie.

Aussi, armez-vous rapidement de la cuirasse de la persévérance et pour
Que s'apaise et s'éclaircisse l'esprit troublé par les agitations mentales,
Engagez-vous sur le chemin de la pureté illuminante,
De la connaissance parfaite et immaculée
Et ne laissez pas les obstacles entraver votre voyage
Au pays de la limpide clarté et de la sagesse rayonnante.

Celui qui est devenu le réceptacle de la félicité et du bonheur
Et qui a trouvé un précieux et juste vaisseau,
Mais qui ne recueille pas le nectar des enseignements
S'écoulant telle une pluie désaltérante,
Sera lui-même broyé par les chaleurs étouffantes et torrides
Du Samsara.

Les pluies torrentielles de la vérité,
L'eau rafraîchissante de la parfaite connaissance
Avec les glorieux nuages de la félicité, du bonheur et de la prospérité,
Tomberont sur l'esprit pur et ouvert des êtres vivants,
Inondant les terres fertiles de ce parfait véhicule en devenir.
Aussi, avec joie et du fond du coeur, engagez-vous
Dans la réalisation du vrai sens de l'existence.

Il est plus facile pour une tortue de passer la tête
Dans le trou d'un bout de bois ballotté de-ci de-là sur l'infini des océans,
Que de trouver une existence humaine,
A dit le maître des hommes et des Dieux.
Combien plus difficile encore est-il de trouver un précieux corps
Paré de toutes les qualités pour accomplir le juste passage.
Aussi, vous devez dès aujourd'hui faire des efforts.

Il y a ceux qui ont une existence humaine simple,
Plus spéciale pour d'autres,
Ou enfin précieuse.

C'est d'abord l'existence humaine ordinaire,
Complète avec les cinq sens,
Mais ne distinguant pas le bien et le mal,
Et répandant de mauvaises actions.
Bien qu'on puisse la trouver dans le monde des hommes civilisés,
Elle règne surtout parmi les sauvages et les barbares.

Il y a aussi ceux qui ne sont pas entrés dans les enseignements
Et confondent le bien et le mal;
Dans leur souci de cette vie seulement, ils s'agitent d'un air affairé,
Hardis et complaisants ils remettent à plus tard l'au-delà,
Sans se soucier de la libération,
Même s'ils entendent le message du Bouddha.
Ils n'ont pas une existence supérieure mais seulement la médiocrité.
Parfois ils attacheront leur esprit à quelque chose de positif,
Mais le plus souvent leur mental est obscurci par le mal.
N'ayant que les marques d'une existence humaine,
De quelle utilité sont-ils pour eux-mêmes et pour les autres ?
Ils peuvent adopter l'apparence d'un chef de famille
Ou d'un mendiant, et,
Parce qu'ils sont à peine meilleurs que d'autres aux vies néfastes,
Ils sont appelés par le Bouddha, des "êtres humains spéciaux".

L'être suprême, immaculé, le digne vaisseau pour l'enseignement,
Appliquera à lui-même ce qu'il a entendu et contemplé,
Et, se disciplinant lui-même,
Il établira les autres dans la santé fondamentale.
Montagne inébranlable de la réalisation,
Bannière étoilée de la Sainteté.
Qu'ils soient chefs de famille ou ermites,
Ils sont les êtres humains authentiques et précieux,
A dit notre maître.

Par conséquent, écoutez l'enseignement
Des êtres dignes et respectables,
Gardez dans votre coeur les enseignements
Pour accomplir le sens de l'existence,
Restez avec ceux qui les incarnent, abandonnant les vues fausses,
Restez fidèles et réalisez le message du Bouddha.

01:39

 
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